ANC: le défi de Véolia

Publié le 8 Février 2009

"La guerre des classes existe, c'est un fait, mais c'est la mienne, celle des riches qui mène cette guerre et nous sommes en train de la remporter.", Warren Buffet (première fortune mondiale avec...62 milliards de dollars)

Souvent, ce sont les bouches des puissants qui sont les plus à même d'énoncer clairement la vérité.
S'il en va ainsi pour l'Assainissement Non-Collectif, il peut être judicieux de relever ce que peut dire M. Christian Vignoles. M. Vignoles, les professionnels de l'ANC le connaissent; pour les autres, tentons la synthèse en disant qu'il est chargé du développement des petites installations d'assainissement à la direction technique de Véolia eau. A ce titre, mais aussi en raison de son expérience en la matière, il préside notamment la commission française de normalisation chargée de l'assainissement et pilote un certain nombre d'expériences comparatives de filières d'ANC.

L'objectif annoncé pour Véolia, à l'aune d'une époque de réhabilitation massive de dispositifs d'ANC, est de devenir, à terme, exploitant d'ANC sur 30 à 40% de ces installations. Le principe, plutôt astucieux disons-le, est déjà en phase d'expérimentation sur le bassin Adour-Garonne, avec le soutien de l'Agence de l'eau. Il s'agit de contractualiser, avec le particulier, la location et la maintenance de la filière épuratoire pour une durée de 15 ans à un coût de 30 €/mois, soit un montant total raisonnable de 5400 €. Le particulier en devient ainsi propriétaire à l'issue de ces 15 années.
On peut y objecter un certain nombre d'arguments, mais force est de reconnaître qu'un tel système présente de nombreux atouts pour le client, au premier rang desquels celui de ne pas avoir à investir lourdement pour son ANC.
A la présentation de ce principe, la première interrogation peut être la suivante: pourquoi le service public ne prend-il pas pleinement en charge cette question, tant sur l'évaluation des filières d'ANC que sur la gestion pour l'usager? La collectivité a en effet su le faire, notamment avec le Cemagref*, pour les systèmes épuratoires des petites communes.

Dans une entrevue donnée au très bon magazine Spanc Info de septembre 2008, M. Vignoles expose cette ambition de Véolia, d'où il ressort une analyse, sinon toujours juste, du moins très claire. Et avec un certain franc-parler. Morceaux choisis.
Ainsi, au sujet du montant d'une installation d'ANC: "Je demande à connaître le prix d'une réhabilitation. Aujourd'hui, je ne sais plus. Entre le prix catalogue et le coût complet incluant la mise en oeuvre, il y a de grosses nuances.". Quant au volet technique: "Mais il y a beaucoup de dispositis qui ne marchent pas sans qu'on ne voie quoi que ce soit! Déjà la fosse, qui est le plus facile, c'est compliqué. Quant au dispositif de traitement, personne ne sait comment le contrôler!", ou encore: "le Cemagref a calculé que, si on laisse l'effluent se répandre sans contrainte, à peine 10% de la surface du [filtre à] sable est utilisée", ou enfin: "Si vous appliquez une charge nominale à un filtre à sable, il sera proche de sa limite de vie au bout de 15 ans.".
Des vérités bonnes à dire, écrire ou entendre. Mais des vérités entrecoupées du discours de la transnationale. Poue exemple, à la question très légitime de la cohérence (et de la simple possibilité) d'être à de nombreuses reprises "contrôleur et contrôlé", on passe par de biens grosses affirmations: "Une grande entreprise est comme un grand immeuble, avec des cloisons entre les pièces. Ce sont des services différents: quand ils contrôleront les dispositifs que nous exploitons, nos contrôleurs ne vont pas se mettre la main devant les yeux!" pour conclure avec un risibe: "Mais pourquoi ces soupçons permanents? Respectons les professionnels qui font leur métier!". Mais oui, pourquoi donc? Des précédents? Et puis, bien évidemment, nous est servi le rituel "nous nous engageons à protéger l'environnement", ce défi industriel...

Clôturons cet article par ce qui concerne plus précisemment Epigétal, à savoir les filtres plantés de macrophytes: "nous rencontrons des particuliers qui sont en avance sur nous, notamment sur les systèmes plantés. C'est impressionnant, mais aussi un peu surprenant parfois: certains font pousser des plantes incroyables, mais ils font pour cela couler à l'air libre l'effluent non traité. Vous imaginez ce qui peut en résulter sur le plan sanitaire...". Un aspect de la technique important, et sur lequel il convient en effet de prendre des précautions. Rappelons par ailleurs que les filtres plantés permettent à l'usager une large autonomie, ce qui contrevient aux ambitions de Véolia dans le développement de cette nouvelle compétence. Comment en effet facturer un entretien alors que les quelques opérations à réaliser sont simples et accessibles? D'ailleurs, ce souci est contenu dans cette phrase de M. Vignoles: "la logique du service est influencée par la logique du produit, automatiquement. Si on laisse poser n'importe quoi, il est parfois impossible de vendre un service en aval.".
On ne saurait le dire plus clairement.

Rédigé par Sébastien

Publié dans #Choses et autres

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alain 25/05/2009 10:55

Je trouve la position de Veolia, et particulèrement celle de Vignoles, totalement scandaleuse. S'il est vrai que certains cas d'ANC, dans une très faible proportion, sont à examiner de près, l'immense majorité fonctionne. Peut-être pas aux normes de Veolia et autres "vendeurs" d'eau qui sont les rédacteurs de la directive européenne sur l'ANC, mais ils fonctionnent correctement sans polluer comme le font les pesticides. Pour rappel, l'institut national de l'environnement a indiqué que 96% des cours d'eau et 61% des eaux souterraines étaient pollués par les pesticides! Que fait-on pour combattre cela? Rien, parce qu'il est beaucoup plus dangereux pour les élus "du peuple" de s'attaquer aux multinationales qui produisent ces saloperies cancérigènes que s'en prendre aux particuliers...

Sébastien 25/09/2009 08:01



Même si je partage un certain nombre de vos points de vue, je ne crois pas qu'on puisse dire qu'une "immense majorité" fonctionne. On ne peut pas dire non plus qu'un simple "majorité
fonctionne". Les diagnostics conduits par les spancs font apparaître un taux de dysfonctionnement supérieur à 80 %.
Dysfonctionnement: très souvent, on peut l'entendre comme une fosse toutes eaux sans traitement derrière. Et rappelons qu'une fosse ne constitue qu'un prétraitement!
Bien sûr, selon le type de sol et la distance avec la nappe, cela ne présente pas toujours un risque sanitaire. Pour les utilisateurs de toilettes sèches, il en va autrement, ce risque étant
quasi nul.